Supplément spécial LRU du mensuel du SNESUP

Ni statu quo... ni loi Pécresse

, par Jean Fabbri

Si le gouvernement a imposé une nouvelle loi d’organisation
de l’enseignement supérieur, dans la
foulée d’une campagne électorale aux relents anti-68
peu glorieux, il tourne déjà le dos aux fracassantes
déclarations sur la mise à niveau des moyens budgétaires.
Le temps est loin où Nicolas Sarkozy versait
quelques larmes sur les insuffisances des budgets du
supérieur et de la recherche.

Les préoccupations des collègues dans les établissements,
leurs propositions, leur énergie pour les mettre en oeuvre
malgré l’insuffisance des moyens, en particulier en
consacrant un temps considérable aux activités d’organisation
et d’enseignement au préjudice des activités de
recherche, les prises de positions de nombre d’instances
consultatives importantes — CNESER, CSRT — démontrent
amplement que l’enjeu n’est pas l’enfermement dans une
logique binaire simpliste : statu quo ou loi Pécresse.

La mise en place de la loi signifierait la disparition du
modèle universitaire universaliste ouvert et disciplinaire,
confiant aux acteurs la responsabilité à la fois scientifique
et citoyenne de diffuser les connaissances à travers
la société tout entière, pour le bénéfice commun et sans calcul
utilitariste.

On voit bien la tendance lourde que tend à imposer
cette loi : contrôler voire confisquer l’avancée des
connaissances au service d’intérêts économiques et
marchands. Les réactions vives des conseils d’administration
ou congrès dans un grand nombre d’établissements
universitaires, les prises de positions
d’un ensemble très large de collègues, de personnalités,
d’organisations, montrent que le plan gouvernemental
n’est pas voué au succès.

Il est de la responsabilité du SNESUP de construire les
plus larges convergences pour mettre en échec ces dispositions
législatives dont la nocivité pour nos disciplines,
pour l’enseignement et la recherche est patente - quand
elles ne sont pas, de fait, carrément inapplicables. Sont de
cet ordre les dispositions de recrutement, les missions
confiées au conseil scientifique après disparition des commissions
de spécialistes, les aberrations de l’octroi local des
primes, en particulier la PEDR...

Sur la lancée des réelles mobilisations de l’été, des soutiens
et sympathies exprimés dans de larges secteurs de la
société, il est possible de fédérer des modes d’actions, des
propositions pour rendre incontournables l’abrogation
de la loi et la mise en débat d’une nouvelle loi ambitieuse
et démocratique pour le supérieur et
la recherche. Ces luttes doivent participer
à la riposte face à la mise en
cause des services publics, au détournement
des avantages fiscaux au profit
des contribuables les plus fortunés.
Le projet de loi de finances 2008
amplifie les effets désastreux du crédit
impôt-recherche qui absorbe l’essentiel
des hausses annoncées de budget.
Les autres aspects sont aussi
nocifs : pas de recrutements statutaires
annoncés mais la possibilité
de recruter en CDD ou CDI des
centaines de personnels, tant pour
les tâches administratives que pour
celles d’enseignement, et pour recruter hors statut et hors échelle
indiciaire quelques chercheurs
étrangers censés redorer le blason
prétendument écorné de la recherche
française.

Les collègues, dans les établissements, seront amenés dès les prochains jours
à analyser le texte de la loi, à faire les
propositions les plus adaptées localement
pour des statuts qui en contrecarrent
les aspects les plus nocifs.
Dans quelques mois le renouvellement
des CA constituera un enjeu
électoral majeur, tandis que les dispositifs
transitoires de la loi tendent
à donner un pouvoir considérable
au président actuellement en place.
Là encore, le SNESUP entend jouer
pleinement son rôle fédérateur et
unitaire afin que l’expression des
enseignants du supérieur, des personnels
et étudiants, contribue à
construire de nouvelles voies.

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