Le SNESUP

Sarkozy a dit Supplément spécial autonomie au numéro 555 du mensuel du SNESUP

, par François Bouillon

Les prises de position du candidat N. Sarkozy sur l’enseignement
supérieur et la recherche éclairent les contours de la loi d’autonomie
des universités qu’ils comptent faire adopter au mois de juillet.

Nicolas Sarkozy est un homme pressé.
Faisant fi d’un réel dialogue social. Il
annonce l’adoption en juillet, au pas de
charge, d’une loi sur l’autonomie des universités.
Interrogé par nos soins en mars
2007, il avait été prudent dans ses
réponses mettant l’accent sur les moyens,
la transformation des organismes en
agences de moyens, la réforme des universités
pour leur donner « une réelle
autonomie » et l’orientation sélective des
étudiants en fonction des débouchés des
formations [1]. Mais, il n’était
pas rentré dans les détails.

LA LETTRE À LA CPU DU 14 FÉVRIER 2007

Par contre, il avait été beaucoup explicite
dans une longue lettre en réponse à la
lettre ouverte de la CPU aux candidats à
l’élection présidentielle. À l’évidence,
cette lettre dessine les
lignes directrices de la
loi dite « d’autonomie
réelle ». Les promesses
sur le financement
d’une augmentation
cumulée pour l’enseignement
supérieur de
15 milliards d’euros à l’horizon 2012
n’entreront pas dans cette loi mais
connaîtront leur première heure de vérité
dès le collectif budgétaire tant les retards
cumulés sont considérables. D’autant
plus que le principe du candidat c’est
« davantage de moyens mais aussi
davantage de réformes »
.

LA GOUVERNANCE

Les réformes articulent la musculation de
la gouvernance et l’autonomie. Elles ont
quatre caractéristiques qui dessinent un
« statut d’autonomie réelle pour les universités
volontaires »
.

La première c’est le resserrement du CA à 20 membres maximum avec notamment « un quart de personnalités extérieures
cooptées dans le monde scientifique
et économique »
.

La deuxième concerne le mandat du président
ramené à quatre ans mais renouvelable.

La troisième énonce que les universités
« disposeront dans leur budget de l’intégralité
des moyens auxquels elles font
appel, l’ensemble des personnels et du
patrimoine immobilier en particulier »
.

La quatrième dit que les universités seront
« libres de recruter leurs enseignants et
leurs chercheurs, de moduler les rémunérations
et les charges d’enseignement »
 [2].

Mais les propositions du candidat ne se
limitent pas à la gouvernance. Elles comportent
la mise en place d’une sélection
« éclairée » des étudiants dite « orientation
sélective », mécanisme
de sélection pilotée par
l’aval : ce sont les
débouchés évalués des
formations supérieures
qui définiront l’accueil à
l’entrée de celles-ci. Les
universités seront libres
de ne pas se plier à ces normes à leurs
risques et périls car dans ce cas « elles
devront assurer leur prise en charge de
leurs propres moyens »
.

Politique hybride qui allie gouvernance/
autonomie et normes étatiques qui
pilote les universités sous la domination
des finalités économiques immédiates !

Notes

[1cf. VRS n° 368

[2Nous avons, dans le SNESUP n° 552, analysé
ce qui en était de l’autonomie réelle des
universités qui est déjà grande sur le plan du
recrutement des enseignants-chercheurs, du
budget et de l’autonomie pédagogique, et formulé
des propositions nouvelles.