Le mensuel du SNESUP

Recrutement : jurys barbus pour postes à moustaches N°560 décembre 2007

, par Noël Bernard

La disparition des commissions de spécialistes bafoue l’objectivité du
concours : désormais pour des décisions clé, un collègue devra s’en remettre
à une poignée de personnes dont, le plus souvent, aucune ne sera
de sa discipline, puis à la décision d’un monarque.

Notre mensuel vous alertait
dès son numéro de juin
sur la disparition des commissions
de spécialistes. C’est
en fait toute la procédure de
recrutement qui vole en
éclats dans la loi LRU.

Premier changement : la procédure
peut être lancée par
un établissement dès qu’un
emploi est créé ou déclaré
vacant. Ceci fait disparaître
les deux campagnes de recrutement
en mai et septembre :
le candidat devra donc être à
l’affût du Journal Officiel
chaque jour pour guetter l’apparition
d’un poste, sans visibilité
sur l’offre globale. Outre
ces conditions dissuasives de
recrutement, notons aussi
que ceci rend quasiment
impossible la mise en place
de procédures de mutations
acceptables. Pour les ATER,
ceci entraînera également des
fins anticipées de contrats
plus nombreuses, avec les
conséquences désavantageuses
que cela entraîne
pour le reclassement en
début de carrière.

La disparition des commissions de spécialistes

C’est la principale modification.
Désormais, pour chaque
recrutement, le président proposera
au CA un comité de
choix dont la composition
pourra être taillée ad hoc
pour le recrutement envisagé.
La seule contrainte est une
majorité de membres spécialistes
de la discipline. C’est
donc la fin des commissions
en majorité élues, du recrutement
par les pairs et de la
parité rang A/rang B : tous
ces principes sont foulés aux
pieds au profit d’un processus
qui se rapproche des
recrutements du privé. Tout
est fait pour bafouer l’objectivité
du concours : choix du
jury en fonction du concours,
désignation du comité par le
président sous le contrôle au
plus de 14 personnes (le CA
restreint), absence de quorum
(il est juste exigé qu’il y
ait majorité d’extérieurs parmi
les présents !) ; ce comité
rend un simple avis et c’est
ensuite le CA qui propose un
nom ou une liste et, pour
plus de sûreté, le président a
un droit de veto sur tous les
recrutements.

On pourrait dire cyniquement
que tout ceci n’est pas très
grave puisque la loi LRU
introduit un mode de recrutement
beaucoup plus « politiquement
correct » : au lieu
de fonctionnaires, ce sont des
contractuels qui pourront
occuper des emplois d’enseignants-
chercheurs (ou
d’enseignants, ou de chercheurs).
Dans ce type de
recrutement, le président sollicitera
un simple avis du
comité de sélection, puis fera
ce qu’il voudra.

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Loi LRU : la bascule dans l’autoritarisme
S’ajoutant
à la bascule
des universités
dans l’autoritarisme,
cette organisation
ubuesque
des recrutements
doit convaincre
nombre de collègues
de la nécessité
de l’abrogation
de cette loi.

La commission de spécialistes
avait d’autres prérogatives :
elle statuait sur la titularisation
après un an de stage, sur les
mutations, sur le recrutement
et le renouvellement des
ATER. Toutes ces opérations
seront désormais confiées au
CS, qui toutefois se contentera
d’un simple avis puisqu’il est
désormais privé de son pouvoir
de proposition : le président
« reçoit son avis » ce qui
veut dire qu’il en fera ensuite
ce que bon lui semblera.
Ainsi pour des décisions clé
sur sa carrière, un collègue
devra s’en remettre à une poignée
de personnes dont, le
plus souvent, aucune ne sera
de sa discipline, puis à la
décision d’un monarque.
Les actuelles commissions de
spécialistes restent en vigueur
jusqu’au 10 août 2008 : les
candidats de cette année
connaîtront au printemps une
dernière campagne de recrutement
selon les anciens
modes ; toutefois le droit de
veto du président est valable
dès l’élection des nouveaux
conseils, que la plupart des
présidents sont en train de
préparer pour les mois de
mars ou avril.

S’ajoutant à la bascule des
universités dans l’autoritarisme,
la gestion humaine à
la tête du client, et la réforme
budgétaire les livrant aux
intérêts privés et à court
terme, cette organisation
ubuesque des recrutements
doit convaincre nombre de
collègues de la nécessité de
l’abrogation de cette loi. Dans
le cadre de la mise en chantier
d’une réforme nécessaire,
fruit d’une large concertation
des personnels et des étudiants,
le SNESUP proposera,
outre le maintien de commissions
très majoritairement
composées d’élus, formées de
spécialistes, et respectant la
parité A/B, un mode de recrutement
plus transparent, prenant
mieux en compte les
aptitudes à l’ensemble des
missions des enseignants-chercheurs.
Il fera en sorte
que les mutations deviennent
possibles dans l’enseignement
supérieur. Il est aux côtés de
tous les collègues qui demandent
une résorption décisive
de la précarité et un recours
exclusif aux emplois de fonctionnaires
de l’État.