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L’Humanité : Tous les problèmes demeurent

Pourquoi la bataille contre la loi Pécresse (LRU) va continuer ?

samedi 12 janvier 2008, par Jean Fabbri

La contestation de la loi LRU ne s’est pas éteinte avec l’année 2007.
Malgré toutes les annonces du gouvernement mobilisant caméras et micros
sans compter, ni les étudiants ni les enseignants-chercheurs et
personnels de l’enseignement supérieur n’ont vu la moindre amélioration
de leurs conditions et perspectives d’études et de travail depuis des
mois.

Ce n’est pas le budget 2008 qui modifie la donne après une rentrée
universitaire plus morose que d’ordinaire sauf du côté de certains
présidents d’université, comme aspirés dans le bouleversement
institutionnel présidentialiste de l’actuel locataire de l’Élysée et de
la loi LRU (loi Pécresse). Les enseignants-chercheurs et tous les
personnels des universités et de la recherche sont réellement
inquiets.

Trois enjeux cristallisent le rejet de la politique universitaire du
gouvernement.

Avec le plan « licence », la ministre a voulu donner le change, comme
prêtant une attention nouvelle aux difficultés des étudiants à l’entrée
à l’université. Pour les universitaires, acteurs de terrain, confrontés
jour après jour aux problèmes d’assiduité, de motivation, de lisibilité
et de cohérence des formations proposées, les annonces de Valérie
Pécresse sont du vent. Contradictoirement à la fois au discours
d’autonomie répété à l’envi et aux attentes d’une bonne part des
étudiants, la pluridisciplinarité floue d’une première année
universitaire — redéfinie par le ministère — transformée en
« plate-forme de transit » ne délivre ni des contenus novateurs attendus
par ceux qui sortent de l’enseignement secondaire ni de solides
possibilités de construire par chacun des étudiants un authentique et
singulier parcours. Enfin l’absence de toute création d’emploi pour
délivrer un surcroît d’enseignement dans des conditions pédagogiques
améliorées (petits effectifs, nouvelles technologies…) ôte tout crédit à
ce discours.

La révision des liens entre les organismes (CNRS, INSERM, INRA, INRIA,
IRD) et les universités, les menaces sur les statuts des acteurs de la
recherche publique, les interrogations sur les équilibres entre les
financements réguliers des laboratoires et ceux assignés à des contrats
spécifiques de court terme angoissent toutes les générations de
chercheurs dans toutes les disciplines. Hors de nos frontières,
l’immense creuset que constitue notre système public diversifié de
recherche est apprécié. Qu’il soit menacé de liquidation au profit de
niches scientifiques réduites — « génopôles », nanotechnologies… — est
un scandale. Les rythmes propres de la recherche, le temps nécessaire à
la formation des nouvelles générations de scientifiques actifs sont
totalement ignorés. Sans le formuler en ces termes, le pouvoir politique
entend privilégier une logique d’institutions scientifiques (dont
l’horizon emblématique est le « classement de Shanghai ») contre les
logiques scientifiques singulières.

Enfin la liquidation des pratiques universitaires collégiales portées
par des conseils nombreux et représentatifs (fondés sur l’élection) au
profit de nouvelles hiérarchies qui imposent des alourdissements de
service et des entorses aux statuts (de fait vite vidés de tout
caractère protecteur) relève d’une vision idéologique entrepreneuriale
très éloignée des besoins.

Après la vague de grèves et manifestations essentiellement portées par
les mobilisations étudiantes de l’automne, tous les problèmes demeurent,
même s’ils sont désormais éclairés sous un jour neuf. Le gouvernement a
indéniablement dû communiquer « en recul » sur les questions de
sélection, de financement, de service public. C’est dans la durée donc,
combinant les formes externes de mobilisation (grèves, manifestations,…)
et les formes institutionnelles liées à un patrimoine démocratique
encore vivace, qu’il convient de mettre en échec la loi LRU. Beaucoup
d’universitaires, leurs organisations syndicales, des « collectifs »
diversifiés de personnalités entendent faire résonner les premiers jours
de 2008 de leurs revendications. Batailles pour la science, pour la
démocratie, pour l’avenir d’un pays qui souffre d’un manque d’emplois
qualifiés, reconnus et payés comme tels, dans toutes les sphères de ses
activités… batailles qui ne sauraient rester confinées au seul monde
universitaire !


Article paru
dans le journal l’Humanité du 12 janvier.